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Auteur: ldp <ldp@asteride.xyz>
Date: Fri, 16 May 2025 14:00:49 -0400
[cont] correction d’une erreur sur l’élision en catalan
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@@ -52,7 +52,7 @@ Plusieurs ont peut-être du mal se représenter un jugement esthétique en idéo
Le lecteur sera peut-être surpris d’apprendre qu’un critère comme l’euphonie joue rarement un rôle déterminant dans la formulations des jugements sur l’agencement et la distribution des sons d’une langue. Plusieurs communautés (surtout celles qui tendent à préférer les idéolangues naturalistes) se sont dotées de moyens plus sophistiqués et objectifs. L’idée de symétrie du système phonologique en est un. Le système phonologique d’une langue contient l’ensemble ses sons tels qu’ils sont perçus par ses locuteurs. Un son n’est pas une unité inanalysable, mais peut être décomposé en une série des traits distinctifs. Le phonème /p/ a ainsi les traits suivants: pulmonique, occlusive, bilabiale, sourd, oral, etc ; le phonème /b/ ne diffère de /p/ que par ce qu’il est sonore (non sourd), donc par la vibration des cordes vocales au moment de le produire ; le phonème /m/ ne diffère de /b/ que par ce qu’il est nasal (non oral) ; le phonème /t/ ne diffère de /p/ que par ce qu’il est alvéo-dental (non bilabial) ; etc. Or, on a remarqué que les phonèmes des langues naturelles tendent à s’organiser autour de ces traits distinctifs. Par exemple, si une langue possède les occlusives /p/, /t/ et /k/ et qu’elle possède aussi la version sonore de /k/ (/g/), on s’attend à qu’elle possède aussi les versions sonores de /p/ et /t/ (/b/ et /d/). Des exceptions existent toujours, mais il s’agit d’une tendance universelle, et on s’attend à en voir le reflet dans les idéolangues naturalistes.
-Un autre exemple de critère esthétique qui sous-tend généralement les jugements formulés par les idéolinguistes naturalistes a trait à la présence d’irrégularités. Comme les langues naturelles présentent un nombre variable d’accidents dans l’application de certaines règles grammaticales, une idéolangue qui se veut plausible de ce point de vue doit en contenir au moins un certain nombre. Il en existe deux types : les « irrégularités irrégulières » et les « irrégularités régulières ». Les première sont les vrais irrégularités, qu’on doit apprendre par cœur et qu’on ne peut vraiment généraliser. Les secondes sont en fait le résultat de l’application de certaines règles dans un certain environnement. Ainsi, la règle du « h » aspiré en français est un exemple d’irrégularité irrégulière, car il n’existe pas de règle synchronique qui permette d’identifier les mots qui demandent l’élision de l’article défini et ceux qui l’interdisent ; il faut apprendre par cœur qu’on dit « le héros » et non « *l’héros » et qu’on dit « l’harmonie » et non « *la harmonie ». En revanche, dans une langue comme le catalan, la règle d’élision de l’article défini est un exemple d’irrégularité régulière. Elle stipule que l’article doit être élidé devant une voyelle, sauf si cette voyelle est /i/ ou /u/ et qu’elle n’est pas accentuée[3]. Ainsi, on dit « la universitat » (l’université) et non « *l’universitat », car ici l’accent tombe sur la dernière syllabe, et on dit « l’u d’octubre » (le premier octobre) et non « *el u d’octubre » parce que l’accent tombe sur le /u/. Une idéolangue naturaliste devrait donc inclure des irrégularités des deux types et devrait idéalement justifier leur existence à l’aide d’une explication plausible de leur émergence.
+Un autre exemple de critère esthétique qui sous-tend généralement les jugements formulés par les idéolinguistes naturalistes a trait à la présence d’irrégularités. Comme les langues naturelles présentent un nombre variable d’accidents dans l’application de certaines règles grammaticales, une idéolangue qui se veut plausible de ce point de vue doit en contenir au moins un certain nombre. Il en existe deux types : les « irrégularités irrégulières » et les « irrégularités régulières ». Les première sont les vrais irrégularités, qu’on doit apprendre par cœur et qu’on ne peut vraiment généraliser. Les secondes sont en fait le résultat de l’application de certaines règles dans un certain environnement. Ainsi, la règle du « h » aspiré en français est un exemple d’irrégularité irrégulière, car il n’existe pas de règle synchronique qui permette d’identifier les mots qui demandent l’élision de l’article défini et ceux qui l’interdisent ; il faut apprendre par cœur qu’on dit « le héros » et non « *l’héros » et qu’on dit « l’harmonie » et non « *la harmonie ». En revanche, dans une langue comme le catalan, la règle d’élision de l’article défini féminin est un exemple d’irrégularité régulière. Elle stipule que l’article doit être élidé devant une voyelle, sauf si cette voyelle est /i/ ou /u/ et qu’elle n’est pas accentuée[3]. Ainsi, on dit « la universitat » (l’université) et non « *l’universitat », car ici l’accent tombe sur la dernière syllabe, et on dit « l’única » (l’unique) et non « *la única » parce que l’accent tombe sur le /u/. Une idéolangue naturaliste devrait donc inclure des irrégularités des deux types et devrait idéalement justifier leur existence à l’aide d’une explication plausible de leur émergence.
Il en existe beaucoup d’autres, et j’aurais pu ajouter à ces critères ceux de la cohérence interne, du niveau de complexité approprié, de l’originalité des moyens grammaticaux, de la monumentalité de l’œuvre, etc.